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Année : 2017
Auteur :
Zourgane, Philippe

Sur la question du Paysage chez Édouard Glissant

Zourgane Philippe. 2017. « Sur la question du Paysage chez Édouard Glissant ». Revue Chimères, n° 90, Paris, pp. 147 - 155.

Edouard Glissant et le Paysage, une architecture humaine

Edouard Glissant, parlant du travail de Toni Morrison et de Frankétienne, écrit : « Ainsi encore, contre la convention d’un paysage-décor faussement légitimant, les œuvres apparues dans ces pays ont-elles conçu d’abord le paysage comme impliqué dans une histoire, devenant lui aussi personnage parlant ». Ces œuvres nous permettent de comprendre la végétation comme un agent politique rejetant le rôle d’élément du décor donné par le contexte colonial où la végétation a toujours eu le pouvoir d’assujettir. Si le paysage parle et parle à tous, c’est en se positionnant dans une histoire ou une autre : dans l’histoire officielle des plantations et des récits de voyages, ou dans une autre, une histoire plus sombre, non écrite, celle des esclaves, des gens de couleur, des pauvres et des oubliés.

Si le paysage n’est pas un décor ni un fond, c’est aussi parce qu’il n’est pas neutre. Dans l’imaginaire humain le paysage est un décor immuable qui représente une identité forte (les vignes du Languedoc), une identité régionale (les cyprès des collines toscanes), voir d’un pays tout entier (les vaches dans les alpages suisses). On oublie trop souvent que ces constructions sont avant tout des constructions humaines, des entreprises de maîtrise de ce paysage, peu importe les outils : déboisement massif, adaptation d’espèces d’arbres, plantations récentes … La neutralité du paysage est un mythe qui nous renverrait à une idée de la permanence, qui nous empêcherait de comprendre la construction des grandes unités rurales…

Voir sur le site du CAIRN :
https://www.cairn.info/revue-chimeres-2016-3-page-147.htm